Dimanche le 2 septembre 2018, mon alarme de téléphone cellulaire a sonné à 5h15 AM. J’avais écrit la phrase <<Lets go Robin plus qu’un sommet à monter!>> dans la section note de mon alarme afin de me motiver. Dire qu’au tout début de l’été il me restait encore 10 sommets à gravir pour devenir un Adirondack 46er. Cet été 2018 a définitivement passé à vive allure.

Entre le travail, les multiples randonnées et les nombreux mariages de mes amis, je n’ai pas eu beaucoup de temps pour penser à ce que j’allais me donner comme défi une fois que j’allais avoir terminé celui-ci qui m’a pris un peu plus de 5 ans à réussir.

Je décide de sortir doucement de mon sac de couchage afin de ne pas réveiller ma copine qui dort à côté de moi. J’enfile mes souliers et je me rends à la petite tente deux places juste à côté de la nôtre. Je fais exprès de la brasser bien comme il faut en l’agrippant par une des pôles afin de réveiller mon ami Tommy qui dormait encore. Ce matin, nous avons prévu de monter le Mont Haystack, troisième plus haut sommet de l’état de New York, afin que je puisse compléter la liste des 46 sommets qui culminent à plus de 4000 pieds dans les Adirondacks. Ce mont Haystack représente un bon défi physique en raison de sa hauteur et de sa difficulté d’accès. La montagne est en plein milieu des Adirondacks et il n’y a pas de route rapide pour se rendre au sommet. Le sentier le plus directe commence au stationnement Garden à Keene Valley et navigue au fond de la John Brook Valley jusqu’entre les monts Haystack et Marcy. Par la suite ça monte graduellement jusqu’au sommet. Le sentier n’est pas tellement difficile à comparé plusieurs autres dans la région, mais la randonnée totalise 28km.

Tommy est une de mes meilleurs amis depuis le secondaire et c’est avec lui que j’ai gravi le plus grand nombre de sommet sur la liste alors je désirais lui réserver le dernier. Nous avons avalés nos gruaux et nos cafés en l’espace de quelques minutes. Nous avions préparés nos sacs à dos et nos lunch la veille alors nous étions déjà prêts à partir. Comme le stationnement du Garden est presque toujours plein, ma copine avait acceptée de venir nous donner un “lift” jusqu’au trailhead. Il est 6:45AM et nous débutons notre longue marche.

vue du sommet du mont big slide dans les adirondacks

Big Slide: Le premier sommet sur la liste des 46 que j’ai fait avec Tommy

En 2013, j’ai mis le pied dans les Adirondacks pour la première fois pour aller camper avec ma belle-famille. Je n’avais aucune idée de l’existence de cette région auparavant. Durant cette semaine de vacance j’ai découvert quelques montagnes de la région comme les monts Ampersand, Pitchoff et le mont Giant. CE mont Giant fut tout un défi! La montée sur les dalles de roche m’a semblé interminable et même parfois épeurante! J’ai adoré la vue au sommet et j’ai pu apprécier la beauté et l’immensité du parc de Adirondacks. En descendant, nos avons été surpris par une bonne averse de pluie. Bien que de courte durée, celle-ci aura laissé les dalles de roche toutes mouillées. Ce jour-là, je marchais avec des souliers de course Asics. J’ai glissé et tombé à quelques reprises, mais j’ai réussi à revenir à la voiture en un morceau.

C’est quelques semaines plus tard en regardant le site d’Alex Hike que j’ai pris connaissance de l’existence de  cette liste des 46 sommets de 4000 pieds et des 46ers, ces randonneurs qui ont gravis tous ces sommets. En 2014, j’étais étudiant à la Maitrîse en physiothérapie à l’université McGill et j’étais très occupé avec mes études. Je faisais beaucoup moins d’activité physique qu’il y a 3-4 ans et je désirais me remettre en forme. Je désirais aussi me trouver une passion que j’allais être capable d’entretenir toute ma vie. J’ai donc décidé que j’allais devenir un ADK 46er un jour. Je n’avais aucune idée de quand cela allait arriver et de ce que ça allait me demander.

sommet du mont skylight avec jo explore et david du podcast de dehors

Photo prise au sommet du mont Skylight lors d’un backpack durant l’été 2018 avec Jonathan et David

Le 2 septembre, 6 :45AM, Tommy et moi quittons le Garden Trailhead vers le mont Haystack sous un soleil radieux. Avant de commencer la vraie montée, il faut faire une longue approche de près de 8-9km. Avec Tommy comme partenaire de rando aujourd’hui, je savais que nous allions voler sur les sentiers. Cet ami de longue date et fidèle partenaire de randonnée a quitté le Québec au printemps 2017 pour aller parcourir l’Appalacian Trail aux États-Unis. Il n’a pas complété le sentier, mais il en a marché plus de la moitié et il s’est habitué à marcher des journées de 35km avec un sac à dos de plus de 40lbs. Bref, Haystack et ces 28km ce n’est rien pour lui!

Comme la plupart des randonneurs qui veulent devenir des 46ers, j’ai commencé par grimper les montagnes les plus faciles et qui offraient de belles vues. Après 10-15 montagnes, je me suis aperçu que j’allais bientôt devoir me lancer dans l’ascension de montagnes qui avaient des sentiers non-balisés. Le terme sentier non-balisé ou « herdpath » en anglais me stressait beaucoup. J’avais vraiment l’impression que j’allais devoir marcher en plein forêt vierge avec ma carte et ma boussole afin de retrouver le sentier à de multiples occasions. Heureusement, ce n’étais pas le cas. Les sentiers non-balisés sont généralement assez facile à suivre en été surtout car ils sont beaucoup utilisés. Par contre, ce sont des sentiers extrêmement techniques pour la plupart, car ils n’ont pas été aménager par l’humain. On y retrouve donc des tonnes de roches, des racines et le la boue en quantité industrielle. Prévoyez toujours plus de temps lorsque vous utilisez ces sentiers et assurez-vous d’avoir une carte ainsi qu’une boussole et de savoir vous en servir. 

sommet du mont armstrong dans les adirondacks

Photo au sommet du mont Armstrong

J’ai fait plusieurs sommets de 4000 pieds avec ma copine et ma belle-famille. Avec eux, j’ai surtout fait les sommets accessibles en une journée et qui empruntent des sentiers balisés. C’est surtout avec Tommy que j’ai atteint le sommet de plusieurs montagnes difficiles où il fallait prendre des « herdpaths » pour se rendre au somment. Au printemps 2017, quand Tommy est parti pour l’Appalachian Trail je n’avais plus de partenaire pour continuer ces sentiers difficiles. J’ai décidé d’y aller solo. Après toutes ces randos j’avais confiance en mes capacités physique et en mon mental pour parcourir ces sentiers tout seul.

Tommy et moi sommes arrivés au sommet du mont Haystack vers 11hAM après avoir parcouru 14km en un peu plus de 4 heures de marche. Le sommet était malheureusement dans les nuages alors il n’y avait pas de vue à admirer. C’est un peu décevant pour une finale, mais ça arrive. C’était difficile de prévoir que le sommet allait être dans les nuages, car le soleil était présent durant le ¾ de notre ascension. Une fois au sommet nous avons partagés une mini-bouteille de champagne en mangeant un classique sandwich beurre d’arachide et confiture de fraises. Nous ne sommes pas restés au sommet très longtemps, car il y faisait froid et il y avait beaucoup de vent.

 

Photo au sommet du mont Dix en avril 2017

vue au sommet du mont cliff dans les adirondacks

Photo au sommet du mont Cliff en Août 2018

Plusieurs des 46 sommets demandent énormément d’approche pour se rendre à la base de la montagne. Ces randonnées peuvent souvent soit être fait en une très longues journée ou en deux journée plus courtes. À quelques reprises j’ai fait du backpacking dans les Adirondacks. La région regorge d’abris à trois mur en bois rond que l’on appelle les Lean-to. J’ai dormi à la base des monts Dix, Allen, du Santatoni Range, du Seward Range et du Great Range.  Je n’avais jamais fait de backpacking avant de débuter les 46 et maintenant j’en suis rendu un adepte. Je préfère partir quelques pour aller dormir dans le bois plutôt que de revenir à la voiture le jour même. Je trouve l’expérience relaxante et très ressourçante. Je vous suggère fortement d’essayer le camping dans l’arrière-pays. Si vous n’avez jamais essayé et vous questionnez sur quelques aspects n’hésitez pas à me contacter. Voici même ma liste d’équipement pour des randonnées de deux à plusieurs jours. La seule chose qui va changer en fonction de la durée du séjour est la quantité de nourriture que vous allez apporter.

vue au sommet du mont blake dans les adirondacks

Sommet du mont Blake en novembre 2016

Uphill Lean-to aux pieds des monts Cliff et Redfield avec David en Août 2018

Vers 14h, nous étions de retour au stationnement du Garden après avoir parcouru 28km en environ 7h de marche. Comme par magie, le soleil était de retour. Nous avons pris la navette du Garden jusqu’au Marcy Airfield pour aller chercher la voiture à Tommy que nous avions laissé à ce stationnement ce matin avant de monter au Garden. Ensuite, direction Chapel Pond pour une bonne baignade!

Cet été, j’ai gravi cinq sommets en solo, un avec Tommy et quatre avec Jonathan et David. Jonathan est le Youtuber derrière la chaîne Jo.Explore et David est l’un des hôtes du podcast plein air De Dehors. Ce sont des passionnés de plein air, des individus authentiques et d’excellents partenaires de rando pour aller explorer les régions les plus éloignées des Adirondacks. On a même fait un vidéo à propos de cette randonnée mémorable. Le voici!

Être un aspirant 46er ce n’est pas toujours facile. À quelques reprises j’ai frappé mon mur. Épuisé j’ai rebroussé chemin et revenir plus tard pour réessayer de monter jusqu’au sommet. J’ai connu des échecs en essayant de compléter les monts Macomb, East Dix, South Dix et Hough en une journée. J’ai abandonné rendu à Hough et j’ai dû retourner faire ce sommet orphelin une autre journée. À ma première tentative pour monter les monts Cliff et Redfield avec on ami Simon nous avions fait demi-tour, car il restait encore beaucoup de neige très molle et mouillée à la mi-mai et c’était impossible de passer sans raquettes. J’y suis retourné cet été avec David et Jonathan et cette randonnée était quand même très difficile même s’il n’y avait plus de neige. J’ai vraiment frappé un mur au mois de juin en essayant de faire le Santanoni range en deux jours après être sorti d’une randonnée de deux jours pour faire le mont Allen le matin même. Rendu au campement aux peids du Santanoni Range j’ai commencé à avoir très froid et à grelotter sans arrêt. J’ai à ce moment compris que je n’avais pas assez mangé et que je ne m’étais pas assez hydraté lors des deux derniers jours pour subvenir aux besoins énergétiques de mon corps qui transportait un sac à dos de plus de 30lbs sous une chaleur accablante. Pourtant, je pensais l’avoir fait. Je crois que c’est la chaleur qui a faussé mes calculs. Bref, j’ai mis toutes mes couches de vêtements pour me réchauffer. J’ai fait un feu juste en face du Bradley Pond Lean-to et je me suis aussi fait du Gatorade chaud pour me réchauffer encore plus. Comme cela n’était pas encore assez, j’ai dû me forcer à manger des barres tendres, des pitas au beurre d’arachide et quelques morceaux de fromage. Je venais de manger pratiquement la totalité de on dîner et de mes collations pour le lendemain. Il ne me restait que deux sacs de gruau et une barre tendre. Je suis allé me coucher. J’ai gardé toutes mes couches de vêtements sur moi en plus de mon sac de couchage 0°C. Je me suis réveillé environ deux heures plus tard en sueur dans mon sac de couchage. J’étais super heureux, car j’avais réussi à me remettre sur pieds. J’ai super bien dormi par la suite après avoir enlevé toutes ces couches de vêtements. Le lendemain, matin je me sentais en bonne forme, mais comme je n’avais plus assez de nourriture je suis retourné à ma voiture. Heureusement j’avais une glacière avec plein de nourriture qui m’attendait dans le stationnement.

avec tommy au pied de la slide du mont dix

Photo prise à la base de la slide du mont Dix en Avril 2018 avec Tommy

Après s’être rafraîchit à Chapel Pond, nous sommes retournés au terrain de Camping du Club Alpin du Canada à Keene pour y passer la soirée. Nous y avons rejoint ma copine et sa sœur qui avaient été monter le mont Jay durant la journée. Comme souper de célébration nous avons mangé des steaks cuits directement sur le feu, accompagnés d’asperges et de pommes de terre grillées. La soirée s’est terminée autour d’un gros feu de camp. Ce soir-là, il fut possible d’observer la voie lactée ainsi que plusieurs constellations.

Avec un peu de recul, je réalise que ces montagnes m’ont changé. Je retiens surtout que je suis beaucoup plus résilient qu’avant. En grimpant toutes ces montagnes, on affronte forcément une multitudes de défis que ce soit sur le plan physique ou psychologique. On apprend petit à petit à les affronter un après l’autre. On ne réussi pas à tous les coups, mais on apprend de chaque tentative, chaque erreur, chaque bon coup. J’ai appris à puiser en moi-même pour aller exploiter le maximum de mon potentiel. J’ai aussi appris à ne pas abandonner quand ma tête me dit de le faire et à abandonner quand c’est nécessaire comme pour des raisons de sécurité.    

Maintenant que j’ai terminé cette liste, je vais profiter du reste de l’été pour reposer un peu mes jambes avant mon prochain trek de 85km au Portugal à la mi-octobre. Je vais continuer de me promener dans les Adirondacks pour faire découvrir cette région à mes amis. Ces montagnes resteront à jamais profondément ancrées en moi. C’est un territoire immense qui comprends plus de 2000 miles de sentiers pédestres. Pour devenir un 46er il faut parcourir 154 miles ce qui représente un maigre 7,7% des 2000 miles de sentiers. Les 46, ce n’est donc que la pointe de l’iceberg et je peux explorer encore très longtemps!

Merci à ma famille et mes amis de m’avoir supporté et encouragé tout au long de ce projet de fou!

Au plaisir de vous croiser sur les sentiers,

Robin

 

 

Pin It on Pinterest

Share This